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Prout's Neck, Breaking Wave, Winslow Homer
Prout's Neck, Breaking Wave · Winslow Homer. Domaine public.

On peut peindre une vie entière avec trois pinceaux. Le reste tient du confort et du plaisir. Avant d'aligner les marques, il faut comprendre ce qu'un pinceau d'aquarelle doit savoir faire : retenir beaucoup d'eau, la relâcher de façon régulière, et revenir d'un coup en pointe. Ce guide d'achat va du plus important (le geste que vous cherchez à obtenir) au plus accessoire (le nom gravé sur le manche).

Ce qui fait un bon pinceau

Trois qualités font un bon pinceau d'aquarelle, et aucune ne se voit vraiment en vitrine. La première est la pointe : un bon rond, une fois chargé puis essoré d'un revers, doit reformer une pointe nette, sans poil rebelle. C'est elle qui trace un mât, un cordage, la ligne d'un bordage. La deuxième est le ventre, c'est-à-dire la réserve, cette partie renflée qui stocke l'eau colorée. Un ventre généreux permet de tirer un long trait ou de poser un lavis entier sans recharger, donc sans rupture dans la teinte. La troisième est la retenue d'eau elle-même : la capacité du poil à se gorger de liquide, puis à le rendre de façon progressive et régulière. Un pinceau qui lâche tout d'un coup fait des flaques ; un pinceau qui retient bien donne un lavis qui se pose presque seul.

Ajoutez à ces trois qualités un détail mécanique qui se néglige souvent : la virole, l'anneau de métal qui sertit les poils, doit être sans soudure pour ne pas rouiller, et bien serrée pour que les fibres ne s'échappent pas. Un manche court est plus maniable pour le travail de table, un manche long convient mieux au chevalet. Rien de tout cela n'est une question de prix : c'est une question d'usage.

Naturels ou synthétiques (et les mixtes)

Le grand partage oppose les poils naturels aux fibres synthétiques. Côté naturel, deux familles dominent. Le petit-gris, poil d'écureuil, est le roi du lavis : il boit une quantité d'eau impressionnante et la restitue tout en douceur. En revanche sa pointe est molle, peu adaptée au trait précis. La martre Kolinsky, poil de la queue d'un petit mustélidé, est à l'opposé l'aristocrate du détail : pointe parfaite, beau ressort (le retour élastique du poil) et bonne retenue d'eau pour sa taille. C'est le poil le plus cher, et le plus recherché pour le rond.

Côté synthétique, les fibres ont fait d'énormes progrès. Les meilleures imitent le ressort de la martre à une fraction du prix, ne craignent pas les couleurs un peu agressives et se nettoient sans façon. Leur limite traditionnelle reste une retenue d'eau légèrement inférieure, mais les versions récentes la corrigent en bonne partie. Pour un budget serré ou pour débuter, c'est un choix parfaitement honnête : voyez d'ailleurs notre guide pour débuter l'aquarelle et notre page matériel.

Entre les deux, les mélanges martre et synthétique, ou petit-gris et synthétique, cherchent le compromis : la douceur et la réserve du naturel, la pointe et l'endurance du synthétique. Pour beaucoup d'aquarellistes, et pour la marine en particulier, un bon mixte est aujourd'hui le choix le plus raisonnable. Inutile de culpabiliser : un pinceau qui vous donne le geste que vous voulez est le bon, quel que soit son poil.

Les formes utiles

Quatre formes couvrent presque tout, et l'on en utilise rarement plus.

Le rond est le pinceau universel. Bien choisi, il fait à la fois le lavis (couché sur le flanc) et le trait (dressé sur la pointe). C'est le premier achat, celui sur lequel il vaut la peine de mettre le prix.

La brosse à lavis, mop ou petit-gris, sert à mouiller le papier et à poser de grands aplats de ciel ou de mer d'un seul geste. Sa forme arrondie et sa grande réserve sont irremplaçables pour l'humide sur humide, technique reine de la marine que nous détaillons dans notre dossier sur la technique de l'aquarelle marine.

Le plat, ou brosse carrée, donne des arêtes nettes : une ligne d'horizon, le côté d'une coque, le bord d'un quai. Tenu sur la tranche, il trace aussi des traits fins. Un seul, de taille moyenne, suffit longtemps.

Le traîneur (rigger ou liner), à poils longs et fins, est fait pour les lignes continues : mâts, haubans, gréement, herbes de la grève. Sa longue réserve permet de tirer un cordage d'un trait sans trembler. Petit luxe, mais très utile dès qu'on peint des bateaux.

Pour les lavis (mop et petit-gris)

Brosse à lavis mop (ciels, fonds mouillés)
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Petit-gris véritable (grande réserve d'eau)
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Mop synthétique (entrée de gamme)
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Liens partenaires. Le petit-gris boit le plus d'eau ; un mop synthétique fait déjà très bien l'affaire pour commencer.

Les tailles à avoir

Inutile de collectionner les numéros. Le piège du débutant est de prendre des pinceaux trop petits, qui obligent à recharger sans cesse et hachent le geste. Trois tailles suffisent à couvrir l'essentiel.

Un gros pour les lavis : une brosse à lavis (mop) ou un grand rond (n° 12 ou davantage), pour couvrir vite et garder l'eau vivante sur la feuille.

Un moyen pour le travail courant : un rond n° 8 à 10, le cheval de bataille. Il pose les masses et garde assez de pointe pour les détails moyens, sans qu'on en change toutes les cinq minutes.

Un fin pour les accents : un rond n° 2 à 4, ou un traîneur, réservé aux mâts, aux silhouettes et aux signatures. On y revient en fin de séance, pas avant. Retenez la règle qui résume tout : prenez le plus gros pinceau qui fait le travail. On garde ainsi des lavis francs et lumineux.

Le trio de départ

Le gros
Mop ou rond n° 12 et plus, pour les lavis et l'humide sur humide
Le moyen
Rond n° 8 à 10 à bonne pointe, le pinceau à tout faire
Le fin
Rond n° 2 à 4 ou traîneur, pour les mâts et les accents

Avec ces trois-là, on peut peindre une marine complète. Le reste s'ajoute selon l'envie, pas par obligation.

Le rond, votre pinceau principal

Rond martre Kolinsky n° 8 (pointe et ressort)
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Rond mixte martre-synthétique n° 10
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Traîneur (rigger) pour mâts et gréement
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Liens partenaires. Si vous ne deviez acheter qu'un seul beau pinceau, ce serait un bon rond moyen.

Les marques

Les noms qui suivent sont des valeurs sûres, présentes chez tous les marchands sérieux. Aucune n'est indispensable, toutes sont honnêtes.

Escoda, fabricant catalan, est très apprécié pour ses ronds, en martre Kolinsky (gamme Reserva) comme en synthétique (gamme Versàtil) : pointe et ressort réputés, manche soigné.

Raphaël, maison française historique, est une référence du petit-gris pour les lavis (la fameuse série 803) et propose aussi d'excellents ronds en martre et en mixte.

Da Vinci, fabricant allemand, couvre toute la gamme, du synthétique abordable (série Cosmotop) à la martre, avec une réputation de constance d'une série à l'autre.

Isabey, autre maison française, est connue pour ses petits-gris et ses martres de qualité, dans la grande tradition du pinceau d'aquarelle.

Winsor & Newton, enfin, dont la Series 7 en martre Kolinsky est un classique anglais longtemps tenu pour l'étalon du rond à aquarelle. Le conseil reste le même : ne pas tout acheter d'un coup. Un bon rond de marque, un petit-gris ou un mop pour le lavis, et un synthétique de complément valent mieux qu'une dizaine de pinceaux médiocres.

Le pinceau à réservoir pour le terrain

Pour peindre dehors, le pinceau à réservoir (waterbrush) change la donne. Son manche creux se remplit d'eau : une simple pression libère le liquide vers le poil, sans godet ni gobelet à porter. On ne lave pas la couleur précédente à fond, on l'essuie sur un chiffon, ce qui suffit pour le carnet et l'esquisse rapide. Ce n'est ni un pinceau de grande précision ni un outil de grand lavis, mais c'est l'allié idéal du croquis aquarellé en balade.

Si la peinture en plein air vous tente, lisez notre dossier sur peindre sur le motif, et pour composer une trousse complète sans vous tromper, notre guide d'achat du kit débutant. Au fond, le bon pinceau est celui qui disparaît sous la main, celui dont on oublie la marque parce qu'il fait exactement ce qu'on lui demande. Commencez petit, achetez bien, et laissez l'usage vous dire ce qui vous manque vraiment.

Pour le terrain (croquis et plein air)

Pinceau à réservoir (waterbrush), taille moyenne
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Set de pinceaux à réservoir (fin, moyen, large)
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Liens partenaires. Pratique pour le carnet de voyage ; gardez vos beaux ronds pour l'atelier.