Une aquarelle est faite de pigments en suspension dans un liant soluble, le plus souvent de la gomme arabique, et diluée à l'eau. De cette recette toute simple découle une particularité décisive : la peinture est transparente. Là où l'huile ou la gouache recouvrent, l'aquarelle laisse voir. C'est de cette transparence que vient sa lumière, et c'est elle qui en fait un art exigeant.
La lumière vient du papier
En aquarelle pure, il n'y a pas de blanc. Aucune couleur blanche ne sert à éclaircir : la clarté est celle du papier laissé nu. Le musée Tate le résume d'une phrase, c'est le blanc du papier qui donne aux lavis leur luminosité naturelle. Peindre à l'aquarelle, c'est donc penser à l'envers de l'huile : on ne pose pas la lumière, on la réserve, on décide d'avance des zones que l'on ne touchera pas. Cette discipline du blanc gardé est le premier apprentissage de l'aquarelliste, et la première chose que l'on remarque dans une marine réussie, où l'écume et le reflet ne sont, le plus souvent, que du papier.
C'est le blanc du papier qui donne aux lavis de couleur leur luminosité naturelle. Tate, définition de l'aquarelle
Une invention anglaise
Le médium est ancien, mais c'est l'Angleterre qui en fait un art majeur, entre 1750 et 1850 environ. Tout commence par la topographie : des vues de lieux, d'abord rehaussées de lavis monochromes, puis de couleur, jusqu'à devenir un véritable paysage. Paul Sandby, né en 1730, est souvent dit le père de l'aquarelle anglaise. Vient ensuite la génération qui porte le médium à son sommet. Joseph Mallord William Turner et son ami et rival Thomas Girtin, tous deux nés en 1775, en repoussent les limites. Girtin meurt à vingt-sept ans ; Turner, qui lui survit un demi-siècle, aurait dit : « Si Tom Girtin avait vécu, je serais mort de faim. » En 1804 naît à Londres la première société dédiée au médium, la Society of Painters in Water Colours, future Royal Watercolour Society.
La France a sa propre histoire, qu'il faut nommer avec exactitude. Une Société d'aquarellistes français exista, fondée en 1879, active jusqu'à la fin du siècle. La Société Française de l'Aquarelle que l'on connaît aujourd'hui en est une refondation tardive, de 2003 : deux entités à ne pas confondre.
Le tube qui fit sortir les peintres
Un objet a changé la peinture de paysage : le tube de couleur pliable, en étain, inventé en 1841 par l'Américain John Goffe Rand. Avant lui, les pigments se conservaient tant bien que mal dans des vessies animales, peu pratiques à emporter. Le tube, comme les pastilles d'aquarelle déjà répandues, rendit la peinture vraiment portable. On put alors peindre dehors, sur le motif, face à la météo et à la lumière changeantes, ce que théorisait dès 1800 Pierre-Henri de Valenciennes. L'aquarelle, légère, à séchage rapide, transportable d'un revers de carton, devint l'instrument idéal du carnet de voyage et de la séance sur le terrain. Renoir résumait l'enjeu en disant que sans la peinture en tubes, il n'y aurait eu ni Cézanne, ni Monet ; les historiens nuancent ce raccourci, mais la portabilité a bel et bien ouvert la porte des ateliers.
Quatre dates pour un médium
- Âge d'or de l'aquarelle anglaise
- 1750-1850
- Society of Painters in Water Colours
- 1804
- Tube de couleur pliable (Rand)
- 1841
- Société d'aquarellistes français
- 1879
Sources : The Met, Tate, V&A, Wikipédia. La Société Française de l'Aquarelle actuelle date, elle, de 2003.
Un art qui ne se reprend pas
La transparence a un prix : on ne revient pas en arrière. Une couche posée se voit, un blanc perdu ne se récupère pas en peignant par-dessus. L'aquarelliste compose donc avec le temps de séchage et avec l'eau, qui continue de travailler après le pinceau. Les techniques portent des noms précis : l'humide sur humide pour les fusions douces, l'humide sur sec pour les bords nets, le lavis pour les aplats, le glacis pour superposer des transparences, la réserve pour garder le blanc, parfois protégée par un drawing gum que l'on retire ensuite. Ce vocabulaire du geste, on le retrouve appliqué pas à pas dans la méthode de Bernard Beaulien.
Le papier, partenaire obligé
Puisque la lumière vient de lui, le papier n'est pas un support neutre mais un partenaire. Les feuilles de référence, comme le papier d'Arches fabriqué dans les Vosges, sont en pur coton, encollées à la gélatine, et tiennent l'eau sans gondoler ni peluching, ce qui autorise les reprises et le relevé des couleurs à l'éponge. Le grain, satiné, fin ou torchon, décide de la façon dont la couleur accroche. Choisir son papier, c'est déjà choisir sa lumière. Le détail des matières, papier et pigments, est développé dans le dossier technique.


