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Devant le présentoir d'un magasin de beaux-arts, la tentation est d'emporter la grande boîte de vingt-quatre teintes toutes prêtes. C'est souvent la plus mauvaise façon de débuter. Une palette restreinte, six godets bien choisis, force à mélanger soi-même, et c'est en mélangeant que l'on apprend à voir une couleur, à la doser, à la corriger. Voici pourquoi six suffisent, et lesquelles emporter.
Pourquoi six couleurs, et pas vingt-quatre
Un débutant qui possède vingt-quatre tubes passe son temps à chercher la bonne teinte dans la boîte au lieu de la fabriquer. Il ne progresse pas, parce que peindre à l'aquarelle, c'est d'abord comprendre comment deux pigments réagissent dans l'eau. Une palette courte a quatre vertus. Elle est économique : six godets de qualité coûtent moins qu'une grande boîte médiocre. Elle est légère, ce qui compte si l'on peint dehors. Elle donne des harmonies naturelles, car toutes les teintes d'un tableau descendent des mêmes pigments et se répondent. Surtout, elle apprend le mélange, seule compétence qui rende vraiment libre. Si vous débutez tout juste, commencez par notre guide complet pour débuter l'aquarelle, puis revenez ici choisir vos couleurs.
Le principe des primaires chaudes et froides
Aucun pigment n'est une primaire parfaite. Chaque jaune, chaque rouge, chaque bleu penche un peu vers ses voisins : il est dit chaud quand il tire vers l'orange ou le rouge, froid quand il tire vers le vert ou le violet. De là vient la palette dite à primaires dédoublées : deux jaunes, deux rouges (ou un rouge et un magenta), deux bleus. Six couleurs, donc, mais choisies pour couvrir tout le cercle chromatique.
La règle de mélange est simple. Pour obtenir un secondaire vif, on associe les deux primaires qui penchent déjà vers lui. Un violet propre se fait avec un magenta froid (qui tire vers le bleu) et un bleu chaud comme l'outremer (qui tire vers le violet). Un orange franc se fait avec un jaune chaud et un rouge chaud. Un vert lumineux se fait avec un jaune froid (citron) et un bleu froid. À l'inverse, en mariant deux pigments qui se tournent le dos, on obtient des teintes rompues, plus grises, très utiles pour la nature et la mer.
Des pigments stables, nommés par leur code
Sur un tube ou un godet sérieux figure un code de l'index international des couleurs : PB pour les bleus, PY pour les jaunes, PR ou PV pour les rouges et violets, PBr pour les terres. Ce code dit le vrai pigment, indépendamment du nom commercial. Préférez les couleurs à pigment unique : elles se mélangent plus proprement et ne tournent pas au gris boueux.
Pour les bleus, le bleu outremer (PB29) est un incontournable : transparent, granuleux, chaud, très permanent et bon marché. À côté, on choisira soit le bleu phtalo (PB15), froid, transparent et d'une force de teinture redoutable, soit le bleu de cobalt (PB28), plus doux, légèrement granuleux et lumineux, mais plus cher car le cobalt est un métal coûteux. Côté jaunes, le jaune de cadmium (famille PY35) est opaque, couvrant et stable ; les jaunes hansa ou azoïques (PY3, PY175) offrent une transparence proche, sans cadmium. Pour les rouges, un rouge de cadmium ou un pyrrole (PR255) donne un rouge chaud solide, tandis qu'un rose ou magenta de quinacridone (PV19) fournit la primaire froide, transparente et très résistante à la lumière. Une terre de Sienne brûlée (PBr7) complète utilement l'ensemble. Pour comparer la permanence et la transparence de chacun, ouvrez notre explorateur de pigments.
Une variante pour la marine
Si l'on peint surtout la mer et le ciel, on incline la palette vers les bleus et les terres. On garde l'outremer (PB29), on ajoute volontiers un bleu de cobalt (PB28) pour les ciels clairs et le large, on remplace un des rouges par une terre de Sienne brûlée, précieuse pour rompre les bleus et peindre coques et grèves. Les jaunes restent, mais on en use peu. Cette logique est détaillée dans notre dossier sur les couleurs de la mer et dans celui sur la technique de l'aquarelle marine.
Mélanger ses gris et ses verts sans tube tout fait
Les deux mélanges qui sauvent un débutant sont le gris et le vert, et aucun ne mérite un tube dédié.
Le gris coloré naît du mariage d'un bleu et de sa terre : outremer et terre de Sienne brûlée donnent toute une gamme, du gris bleuté de l'ombre au brun chaud de la coque, selon que l'on charge en bleu ou en terre. C'est le gris vivant des marines, bien plus juste que le gris de Payne sorti du tube. Le vert, lui, se fabrique avec un bleu et un jaune. Outremer et jaune citron donnent des verts feutrés, naturels, ceux des prés et des algues ; bleu phtalo et jaune citron donnent des verts éclatants à manier avec prudence. Les verts tout prêts (vert de vessie, vert Hooker) sonnent souvent faux et trahissent le débutant : on les remplace avantageusement par ses propres mélanges.
Éviter les couleurs gadgets
Quelques teintes font de jolies vignettes en magasin et déçoivent à l'usage. On se méfiera des couleurs de fantaisie : bleus de ciel pré-mélangés, teintes fluorescentes, métallisées ou irisées, qui n'ont pas leur place dans une palette d'apprentissage. On évitera aussi les pigments fugaces, beaux mais qui pâlissent à la lumière, comme certaines laques de garance (alizarine, PR83) ou les roses opéra : pour une oeuvre destinée à durer, on leur préfère les quinacridones. Avant d'investir dans une boîte garnie, lisez notre comparatif des boîtes d'aquarelle : beaucoup de leurs godets resteront secs, et l'argent serait mieux placé dans six bons pigments.
La palette de 6
- Jaune froid (citron)
- hansa ou azoïque, PY3 / PY175
- Jaune chaud
- cadmium ou azoïque foncé, PY35 / PY110
- Rouge chaud
- cadmium ou pyrrole, PR108 / PR255
- Rouge froid (magenta)
- quinacridone, PV19
- Bleu chaud
- outremer, PB29
- Bleu froid
- phtalo (PB15) ou cobalt (PB28)
Six pigments à un seul colorant : de quoi mélanger presque toutes les teintes, et apprendre en le faisant. Variante marine : ajouter une terre de Sienne brûlée (PBr7).
Six godets pour bien commencer
- Jaune citron (PY3 / PY175)
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- Jaune chaud (cadmium ou azoïque)
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- Rouge chaud (cadmium ou pyrrole)
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- Rose quinacridone (PV19)
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- Bleu outremer (PB29)
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- Bleu phtalo ou cobalt (PB15 / PB28)
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Liens partenaires. Godets vendus à l'unité, à glisser dans une boîte vide : on remplace une couleur au cas par cas, sans racheter la boîte entière.
Quelle qualité choisir
- Demi-godets, qualité étude (Winsor & Newton Cotman, White Nights)
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- Demi-godets, qualité artiste (Winsor & Newton Professional, Schmincke Horadam, Sennelier l'Aquarelle, Rembrandt)
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- Boîte métal vide à composer soi-même
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L'entrée de gamme suffit pour apprendre ; la qualité artiste offre des pigments plus concentrés et plus permanents. Mieux vaut six godets « artiste » qu'une grande boîte d'étude à moitié inutile.