Il y a, dans la description que l'artiste donne de son propre travail, une préférence affichée pour les ciels tourmentés plutôt que pour les bleus sans nuage. Ce n'est pas une coquetterie de peintre. Un ciel de traîne est un phénomène météorologique nommé, daté, expliqué, et c'est précisément lui qui donne à la côte nord du Finistère sa lumière de peinture.
Ce qu'est un ciel de traîne
Météo-France le définit comme l'état du ciel qui suit le passage d'une perturbation. Une fois le front froid passé, l'air qui arrive par l'arrière est frais et instable. Cette instabilité provoque des mouvements verticaux qui font bourgeonner les cumulus, parfois jusqu'aux cumulonimbus en forme de chou-fleur. Le résultat est un ciel changeant où alternent éclaircies et averses, et, dans les cas les plus instables, orages et grêle. Les giboulées de mars en sont l'exemple le plus familier.
On distingue la traîne active, humide, chargée d'averses, de la traîne peu active, où ne flottent que des cumulus de beau temps. Dans les deux cas, l'éclairement change vite : un nuage masque le soleil, l'ombre court sur la rade, puis l'éclaircie revient et l'eau s'allume. Le caractère « changeant » de cette lumière n'est pas un cliché de carte postale, c'est une conséquence directe de la physique de l'atmosphère.
Au flot lumineux du soleil, il préfère l'inquiétude des ciels de traîne bretons annonciateurs d'orage. Présentation de l'artiste
La côte la moins ensoleillée du département
Voici le fait qui surprend. La Bretagne connaît un climat océanique, des vents d'ouest à sud-ouest dominants, et un ensoleillement annuel compris, selon les stations, entre mille cinq cent cinquante et mille huit cent soixante-cinq heures. Or la côte nord du Finistère, celle de Roscoff, est la zone la moins ensoleillée du département, autour de mille cinq cent cinquante heures, contre près de mille huit cents sur la côte sud. La réputation picturale de cette côte ne tient donc pas à l'abondance de lumière, mais à sa qualité et à sa variabilité. Avec mille deux cent cinquante kilomètres de côtes, la Bretagne multiplie les microclimats et les ambiances, et c'est cette instabilité, plus que la clarté pure, que viennent chercher les peintres.
La lumière du nord-Finistère en chiffres
- Ensoleillement, Bretagne
- 1 554 à 1 865 h/an
- Côte nord du Finistère
- ~1 550 h/an
- Côte sud du Finistère
- ~1 800 h/an
- Vents dominants
- ouest et suroît
Sources : Météo-France, Wikipédia (climats de Bretagne et du Finistère). La côte nord est la moins ensoleillée : sa lumière vaut par sa variabilité, non par sa quantité.
Brumes et entrées maritimes
À la traîne s'ajoute un autre régime, celui des entrées maritimes. Météo-France les décrit comme un transport d'air humide de la mer vers la côte ; en se refroidissant, cet air condense sa vapeur en fines gouttelettes qui forment brumes et nuages bas. Physiquement, ce sont ces gouttelettes qui diffusent la lumière dans toutes les directions, la diffusion de Mie, et donnent au ciel ce blanc laiteux et cette clarté diffuse qui noient les ombres. Pour un aquarelliste, c'est un cadeau : la brume estompe les plans, simplifie les valeurs, et laisse au papier le soin de faire la lumière.
Beaulien en a tiré toute une série, Brume au phare, Brume au port, Matin brumeux, Brume matinale, où les formes s'effacent jusqu'à n'être que des reflets gris-bleu sur l'eau plate.
Peindre ce qui ne tient pas en place
Une lumière qui change toutes les dix minutes interdit la lenteur. C'est pourquoi l'aquarelle, et l'humide sur humide en particulier, conviennent si bien à ce climat. Le pigment posé sur le papier mouillé fusionne et se diffuse, exactement comme un nuage ; le séchage rapide permet de saisir un état du ciel avant qu'il ne se défasse. La méthode de Beaulien, qui commence toujours par le ciel et travaille « dans l'eau », est une réponse directe à cette météo : poser l'instant fugace pendant qu'il dure encore.
De là vient la cohérence de son sujet. Le grain qui passe, l'orage qui menace, l'éclaircie qui troue les nuages, le couchant qui rougit après la pluie : autant de moments que seul un médium rapide peut attraper. On suit le détail de ce geste dans le dossier sur sa technique, et l'on en retrouve les mots de mer dans le lexique du rivage.


