Roscoff occupe une presqu'île à la pointe d'un promontoire qui ferme à l'ouest la baie de Morlaix, ouverte sur la Manche. La commune compte un peu plus de trois mille trois cents habitants et porte le statut de station classée de tourisme depuis un décret de 2016. C'est une petite ville, mais une grande façade maritime : quatorze kilomètres de côte, un estran qui découvre loin, et un port qui vit au rythme des marées. Tout ce que peint Beaulien tient dans ce périmètre, ou presque.

Le vieux port, le quai et l'estacade

Le port s'est établi à l'anse du Quellen au début du XVIe siècle, à l'époque où Roscoff faisait commerce de lin, puis fortune avec ses corsaires et ses contrebandiers. Le vieux quai, que l'artiste peint sous tous les jours, en est le coeur. Il porte par endroits le nom du poète Tristan Corbière, enfant du pays. Devant lui s'alignent les bateaux sur leurs corps morts, ces mouillages permanents faits d'un bloc immergé, d'une chaîne et d'une bouée.

Plus loin s'avance l'estacade, longue passerelle sur pilotis. Elle mesure cinq cent quatre-vingt-dix mètres, repose sur quarante-sept piles et fut bâtie en 1968 et 1969. Sa raison d'être tient au marnage : à Roscoff, l'écart entre haute et basse mer atteint au maximum dix mètres quarante, et la mer se retire si loin que l'embarquement vers l'île de Batz serait impossible à marée basse sans cet ouvrage qui va chercher l'eau. Pour un peintre, ce marnage est une aubaine : il rejoue chaque jour la scène, vase et reflets à basse mer, plan d'eau plein à marée haute.

La cale de la Bonne Mère à Roscoff, aquarelle
La cale de la Bonne Mère, Roscoff. L'un des accès au port, motif récurrent des marines de l'artiste.

Sainte-Barbe, l'amer blanc

Sur la pointe rocheuse de Bloscon, dominant l'entrée du port, se dresse la chapelle Sainte-Barbe, datée de 1619. Ses murs blancs servent d'amer, c'est-à-dire de repère visuel pour les marins qui rentrent. La tradition veut que les Johnnies, ces vendeurs d'oignons partant vendre leur récolte outre-Manche, hissaient trois fois leur pavillon en quittant le port pour demander la protection de la sainte. La chapelle figure à l'inventaire général du patrimoine, sans être classée monument historique, et son pardon se tient le troisième lundi de juillet.

Le lieu revient sans cesse chez Beaulien, décliné selon l'heure et la mer : Beau temps à Sainte-Barbe, Basse mer à Sainte-Barbe, Sainte-Barbe en bleu, Sur l'estran de Sainte-Barbe, sans compter le Pardon de Sainte-Barbe. Un même promontoire, autant de feuilles que de lumières.

Pardon de Sainte-Barbe à Roscoff, aquarelle
Pardon de Sainte-Barbe. La chapelle de 1619, repère blanc à l'entrée du port, et son pardon de juillet.

L'île de Batz, au large

Face à Roscoff, à un mille environ, l'île de Batz tient l'horizon. Trois kilomètres carrés, moins de cinq cents habitants, une traversée d'un quart d'heure par le chenal. Son phare, allumé pour la première fois en 1836, élève sa tour à quarante-quatre mètres ; à la pointe est, le jardin Georges Delaselle, créé en 1897, acclimate palmiers et plantes subtropicales sous le climat doux du Gulf Stream. Dans les marines de Beaulien, Batz est souvent une ligne basse et bleutée au fond de la rade, que le soir colore, comme dans Couleurs du soir à Batz.

Notre-Dame de Kroaz-Batz

Au coeur de la ville, l'église Notre-Dame de Kroaz-Batz mêle le gothique flamboyant et la Renaissance. Bâtie au XVIe siècle, financée par les armateurs et marchands enrichis par la mer, elle est classée monument historique depuis 1886. Son clocher-tour ajouré, à dômes et lanternons étagés, daté des années 1575, a servi de modèle à nombre de clochers bretons. Détail qui dit tout de Roscoff : des navires et des caravelles sont sculptés dans ses murs, ex-voto des donateurs dont la fortune venait du large. Le clocher se retrouve dans plusieurs feuilles, notamment ce Coucher de soleil sur Notre-Dame de Kroaz-Batz où il se découpe sur un ciel chauffé au carmin.

Coucher de soleil sur Notre-Dame de Kroaz-Batz, aquarelle
Coucher de soleil sur Notre-Dame de Kroaz-Batz. Le clocher Renaissance, prototype des clochers ajourés du Léon.

Roscoff et l'île de Batz en repères

Roscoff, habitants
~3 300
Station classée de tourisme
depuis 2016
Estacade
590 m, 47 piles, 1968-69
Marnage maximal
10,40 m
Église Notre-Dame de Kroaz-Batz
classée MH 1886
Île de Batz
3,05 km², traversée ~15 min

Sources institutionnelles (inventaire du patrimoine, INSEE, Région Bretagne). Le marnage cité est la valeur maximale enregistrée, non une moyenne.

Au-delà du port

Le motif déborde Roscoff. Quand l'artiste pousse vers l'ouest et le pays pagan, il rapporte des feuilles de Mogueriec, de Brignogan, du phare de Pontusval, de Plounéour-Trez où la brume tombe sur la grève. Plus au sud, un détour par Moëlan donne sa marine. C'est toute la côte du Léon qui défile, avec ses petits ports, ses cales, ses annexes tirées sur le sable et ses bateaux nommés un par un, le Krog e barz, le Red atao, le Martita.

Le port de Mogueriec, aquarelle
Le port de Mogueriec. Le motif s'étend à toute la côte du Léon, de Brignogan à Plounéour-Trez.

Un port qui se mérite

Peindre Roscoff, c'est accepter de peindre l'attente. La marée commande : à jusant, l'estran se découvre et les coques se posent sur la vase ; au montant, tout flotte de nouveau. Le vent de suroît rabat les nuages, le grain passe, l'éclaircie suit. Cette instabilité, qui rebuterait un photographe pressé, fait la matière même des marines. On en voit le résultat dans les galeries, et l'on comprend mieux comment elles se font en lisant la méthode de l'artiste ou en regardant ses pas à pas.