La marine est ce genre de la peinture figurative qui représente la mer ou s'en inspire : navires, ports, tempêtes, calmes, batailles navales. Une convention de composition y revient sans cesse, l'horizon partageant la toile entre un vaste ciel et l'eau qui le reflète. Sous cette définition simple se cache une histoire de près de quatre siècles, dont la côte du Léon est, modestement, l'un des derniers chapitres.

Le berceau hollandais

La marine apparaît comme genre autonome dans les Provinces-Unies du XVIIe siècle, portées par leur puissance maritime et commerciale. Le genre se cristallise vers le milieu du siècle. Deux noms le fondent, ceux d'une même famille. Willem van de Velde l'Ancien, né vers 1611, dessinait les navires avec une précision quasi documentaire. Son fils, Willem van de Velde le Jeune, baptisé en 1633, en fit une peinture de lumière et de mouvement. En 1672, le père et le fils passent au service de Charles II d'Angleterre, avec rente et logement à Greenwich : le père dessinait, le fils peignait. Leur influence marquera durablement la peinture anglaise, jusqu'à Turner et Constable.

Un titre officiel français

En France, la marine reçoit une reconnaissance d'État. Le titre de peintre officiel de la Marine est créé en 1830, sous la monarchie de Juillet. Il est décerné par le ministre chargé des armées, sur proposition du jury du Salon de la Marine. Les premiers titulaires, en 1830, sont Louis-Philippe Crépin et Théodore Gudin. Le statut tient surtout à l'honneur : le peintre agréé peut porter l'uniforme, ajouter une petite ancre après sa signature et embarquer sur les bâtiments de la Marine nationale, mais ne reçoit aucune rétribution. Gudin, fait baron, peignit pour Louis-Philippe quelque quatre-vingt-dix tableaux destinés aux galeries historiques de Versailles.

Le Krog e barz au port, aquarelle de Bernard Beaulien
Le « Krog e barz » au port. La marine de port, motif modeste et ancien, que l'aquarelle traite à sa manière.

Vernet, Boudin, et les ciels

Deux figures éclairent le versant français du genre. En 1753, Louis XV commande à Joseph Vernet, par l'intermédiaire du marquis de Marigny, une série destinée à glorifier les ports du royaume. Vingt-quatre toiles étaient prévues ; Vernet n'en livra que quinze, exécutées jusqu'aux années 1760. La série, restée inachevée, se partage aujourd'hui entre le musée national de la Marine et le Louvre. Un siècle plus tard, Eugène Boudin, né à Honfleur en 1824, fait du ciel le vrai sujet de la marine. Pionnier de la peinture sur le motif, il emmène en 1862 le jeune Monet peindre la côte normande. Corot le surnommait le roi des ciels, et Baudelaire saluait ses beautés météorologiques, deux formules souvent confondues qu'il vaut mieux rendre à leurs auteurs.

Quand les peintres montent en Bretagne

À la fin du XIXe siècle, la Bretagne devient un foyer. À Pont-Aven, autour de Paul Gauguin à partir de 1886, naît un courant, le synthétisme, l'une des premières étapes de l'art moderne. À Concarneau, une colonie se forme autour d'Alfred Guillou et de Théophile Deyrolle, attirée par la Ville Close et le port de pêche. Ce qui amène ces peintres tient en quelques mots : la recherche d'authenticité et de caractère, la religiosité populaire des pardons et des calvaires, les costumes, et un coût de la vie bas. La chose fut rendue possible par le chemin de fer, qui atteint Quimper en 1863 et Brest en 1865, mettant la Cornouaille à portée de Paris au moment même où le genre cherchait des motifs neufs.

Quatre repères du genre

Van de Velde au service de Charles II
1672
Peintre officiel de la Marine, création
1830
Ports de France, commande à Vernet
1753
Gauguin à Pont-Aven
1886

Sources : Wikipédia, Universalis, musée national de la Marine, ministère des Armées.

L'aquarelle, école anglaise de la marine

Si l'huile a dominé la marine de cour, l'aquarelle en a écrit un autre chapitre, anglais celui-là. Joseph Mallord William Turner, né en 1775, n'exposa d'abord que des aquarelles à la Royal Academy, dès 1790, avant sa première huile en 1796, une marine, Fishermen at Sea. La première société consacrée à ce seul médium, la Society of Painters in Water Colours, devenue Royal Watercolour Society, fut fondée à Londres en 1804. Le sujet maritime y trouva un terrain de prédilection, parce que l'aquarelle savait, mieux que toute autre technique, rendre la transparence de l'eau et la course des nuages.

Une marine de Roscoff, aujourd'hui

C'est dans cet héritage, sans en faire un drapeau, que s'inscrit le travail de Bernard Beaulien. Pas de batailles navales ni de ports glorifiés, mais des annexes sur la vase, des coques sur leurs corps morts, un clocher contre un couchant. La marine y revient à sa source la plus humble, celle du port de pêche et du rivage quotidien, traitée avec le médium des ciels changeants. Pour comprendre ce que ce médium permet, on lira le dossier sur l'aquarelle ; pour voir le motif, les galeries sont là.